Existe-il un autre rapport à la peinture que celui qui est en jeu dans l'illusion du miroir? Il me semble que nous ne regardons rien d'autre qu'un autre nous-même dans le tableau qui toujours nous regarde. J'ai donc renoncé à l'autoportrait. J'ai renoncé à croiser un autre regard que celui qui s'extirpe de la matière du tableau. Dans cette ignorance de l'autre qui seule permet l'ouverture à tous les autres, à tous les possibles d'une rencontre, qu'elle se qualifie comme humaine ou bien amoureuse, seule peut-être la matière lourde et colorée qui s'accumule sur la toile offre au regard qui nous accroche, une réalité moins vaine et moins fragile.
Alors oui, la peinture est pour moi un rapport physique, un corps à corps où la lutte reste souvent inégale puisque le perdant est plus souvent du côté du pinceau que de la peinture. Comme dans l'acte d'amour, celui qui s'imagine offrir le plus est-il bien le plus amoureux? Mais à la fin, l'important reste que chacun sorte vainqueur (ou vaincu tant le combat amoureux épuise!)